Situation :
La dimension RH a pris ces 20 dernières années, une part croissante dans le capital de l'entreprise. L'humain semble ainsi au coeur des préoccupations et le principal enjeu des ressources humaines est désormais de retenir et fidéliser ses salariés.
C'est une tendance qui s'observe depuis de nombreuses années. Selon une étude de 2004 : les grands enjeux des RH dans les années qui venaient étaient d'abord la fidélisation de salariés devenus de plus en plus volatils pour 61.7% des cadres interrogés et la prise en compte du paramètre "qualité de vie" chez les salariés pour 60.2%. En 2008, 44% de chefs d'entreprise de plus que l'année précédente avaient pour préoccupation de recruter et fidéliser leurs cadres.
D'une logique de gestion, les RH sont ainsi passées à une logique de marché.
L'amortissement du coût de formation et d'intégration d'un employé nécessite en effet un investissement en travail de sa part et une sédentarisation la plus longue possible. Or les cadres sont amenés à devenir des consommateurs d'emplois, observation qui s'étend également à tout le salariat.
Facteurs tenants au recruteur - Avoir pour Etre.
Dans la théorie économique libérale, le salarié est une donnée matérielle interchangeable ("Dans la plus pure conception libérale : l'homme né enfant trouvé et meurt célibataire").
Paradoxe : A la fois, les entreprises bénéficient d'une offre pléthorique que leur fournit le marché des ressources humaines mais elles souffrent également de l'extrême mobilité du salariat avec pour principales conséquences selon les chefs d'entreprise interrogés :
- une accroissement de la charge de travail pour le personnel “restant” (48%);
- une augmentation des frais d’exploitation (41%);
- une baisse de la qualité du service clientèle (26%);
- une perte d’affaires ou de commandes vers la concurrence (25%);
- un retard de développement de nouveaux produits/services (19%).
De multiples raisons peuvent expliquer la mobilité des employés : L'internationalisation des entreprises, le culte des grandes écoles, les contraintes contractuelles et éthiques (égalité au travail, face à la loi, non-discrimination,...) et finalement la soumission aux lois du marché des Ressources Humaines, freinent la progression des salariés motivés, travailleurs et soucieux de créer un cadre de vie familial stable et agréable mais qui disposeraient d'un profil inapproprié ou sous-diplômé pour le poste convoité.
Sans frontière, l'entreprise n'est en définitive plus le cadre économique structurant d'une région. Ce n'est plus son objectif principal et ne représente même plus un objectif secondaire.
La mondialisation et l'individualisme présidant aux destinées (économiques, quoi d'autre?), les entreprises, leurs dirigeants et actionnaires n'ont plus la volonté de faire vivre organiquement une collectivité par une activité enracinée.
La notion de communauté, le souci du collectif, le vivre ensemble (à l'exception néanmoins des PME encore familiales) sont des préoccupations désormais secondaires face à la recherche effrénée de bien-être matériel;
Facteurs tenant au salarié : Etre pour plus Avoir.
Dans la conception libérale encore, les hommes étant essentiellement définis comme des "agents économiques", sont censés être capables d'agir toujours selon leur meilleur intérêt c'est à dire vers plus de bien-être matériel.
Il est en effet rentré dans les mœurs des jeunes générations tous niveaux confondus, des comportements de mercenariats proches de ceux rencontrés dans le monde du football, navigant de sociétés en sociétés tous les 3 à 5 ans en quête d'une promotion plus rapide ou par insatisfaction permanente.
Responsable à "Talent Management", Eric Sarrazin explique ce phénomène :
"Les salariés ont entériné la fin de l'emploi à vie, la déconnexion du lien de fidélité avec leur entreprise. Aujourd'hui, les salariés sont liés à leur entreprise par un contrat. Ils se disent : quand je trouve mon intérêt dans le job je reste, sinon je ne reste pas. On avait vu ce phénomène progresser lentement ces dernières années. Mais avec la crise, il atteint son point d'orgue. C'est le sentiment de la réalisation de soi au travers du travail qui en a pris un coup". Mais le climat économique tendu empêche pour l'instant les salariés de quitter leur entreprise.
"Les salariés ont entériné la fin de l'emploi à vie, la déconnexion du lien de fidélité avec leur entreprise. Aujourd'hui, les salariés sont liés à leur entreprise par un contrat. Ils se disent : quand je trouve mon intérêt dans le job je reste, sinon je ne reste pas. On avait vu ce phénomène progresser lentement ces dernières années. Mais avec la crise, il atteint son point d'orgue. C'est le sentiment de la réalisation de soi au travers du travail qui en a pris un coup". Mais le climat économique tendu empêche pour l'instant les salariés de quitter leur entreprise.
Malgré cela, une étude de septembre 2011 montre que 30% des salariés français cherchent fortement à quitter leur entreprise (soit 57% de plus qu'en 2007). On constate parallèlement que 50% d'entre eux seulement (soit 11% de moins qu'en 2007) ressentent encore un fort attachement à leur entreprise.
Plusieurs changements semblent à l'origine de ces nouvelles pratiques : culture du zapping, individualisme moderne, nivellement des identités, encouragent ainsi les salariés à satisfaire leur désir de changement et la quête de plus grands biens, cherchant emploi après emploi à calmer leur insatisfaction permanente.
(Sur ces points vous retrouverez une analyse fouillée sur le site de l'Institut Supérieur du Travail à cette adresse).
Pire que cela et je le constate tous les jours, de plus en plus de dirigeants rencontrent désormais les attitudes suivantes au travail :
- Contestation de la hiérarchie (intolérance à la frustration),
- Evitement des responsabilités (contractualisation du travail),
Et dans une moindre mesure mais de manière symptomatique :
- Faible éthique professionnelle : goût du travail bien fait, goût de l'effort, respect de la parole donnée, fidélité à l'entreprise.
- Absence d'investissement dans l'entreprise et dans le travail ou du moins primauté donnée à la qualité de vie et au plaisir. Selon la dernière étude d'Ipsos et NRJ Global d'octobre, "41 % des Français placent le plaisir sur le podium de leur priorité [...] Mais la surprise de cette étude est ailleurs : pour ces 25-49 ans, avoir des enfants (37 %), être en harmonie avec sa famille (35 %) ou encore réussir sa vie professionnelle passe après le besoin de "se faire plaisir".
La génération Y est donc devenue sujet à défiance pour bon nombre de chefs d'entreprise. Intolérant à la frustration, autocentré, partisan du moindre effort, les mots ne sont pas assez durs pour qualifier la génération susceptible de cotiser aux retraites des seniors.
Si l'on rajoute à cela les contraintes administratives et judiciaires liées à l'embauche et au licenciement des salariés, nombre de mes clients préfèrent désormais travailler avec un personnel restreint malgré des carnets de commande copieusement garnis.
Source potentielle de compétitivité, le salariat français tend donc à réduire son attractivité.
Si les ressources humaines sont considérées à juste titre comme le premier capital immatériel d'une entreprise, elles peuvent donc devenir de véritables freins pour leur croissance.
Pour reprendre Attali :" Ravageuse conclusion, la liberté détruit la loyauté."